La ronce, pugnace et attachante

De romècs de dolor mon arma randurada

Godolin

Dire que ce vers m’a hantée est presque un euphémisme : je lui trouve une résonance et une poésie particulières, dramatiques et réconfortantes à la fois. Pour la petite histoire, Godolin est un poète occitan du XVIe siècle. Il compose ce vers pour la mort du roi Henri IV. Peu importe son chagrin : moi qui ai passé mon enfance à cueillir des mûres, je le prend comme un hommage à cette liane extraordinaire !

La ronce a une image pour le moins ambigüe : c’est une plante qui signe l’évolution d’un terrain vers la forêt. En effet, réponse parfaite à l’horreur de la nature pour le vide, la ronce colonise les terrains nus ou abimés et protège les petits arbres qui auraient l’idée de germer sous son aile acérée. Elle crée de l’ombre, à la plus grande joie des vers de terre. Elle s’efface ensuite quand les arbres sont devenus grands.

De surcroît, elle oxygène la terre par ses racines et permet à la vie d’y revenir.

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Et pourtant, on se représente les ennuis comme un roncier dont il est difficile de s’extirper sans y laisser des plumes.

D’autant que si vous voulez déclencher une querelle de botanistes, la ronce est le sujet idéal avec ses innombrables variétés si difficiles à distinguer les unes des autres 😉

De la famille des rosacées et proche cousine du framboisier, elle en arbore les principales caractéristiques physiques et chimiques : fleurs à cinq pétales libres et tanins.

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C’est une plante-fleur, concentrée en goût. Cette famille tient son nom de la rose, archétype de la fleur, symbole par excellence de l’amour et de la perfection, et c’est en outre une famille très importante en arboriculture puisqu’elle regroupe presque toutes nos variétés de fruits : abricots, cerises, pommes, poires, coings, prunes, pêches, fraises. Pourtant la marque indissociable de la ronce, ce sont les épines, de la base de la plante jusqu’au bout des feuilles. Voilà une belle sauvage fièrement dressée, hérissée de dards. Je ne vais pas vous la jouer à la Petit Prince et vous dire que sa vie est périlleuse. La ronce se défend avant qu’on ne l’attaque, elle retient notre attention sans faire de concessions, et elle ne s’excuse pas de ce qu’elle est. Ses fruits sont bien souvent l’objet de nos toutes premières cueillettes sauvages, mûres sucrées, délice universel s’il en est !

Au passage, on voit souvent des pancartes « chemin des amoures » ou « chemin de l’amourre », qui font dire à certains qu’il y a une faute d’orthographe. Amoure, ou amora est le nom occitan de la mûre. Mais de la mûre à l’amour, il peut bien sûr n’y avoir qu’un pas 😉  (Et non, je vous vois venir, rien à voir avec la moutarde!)

 

DSC_3072Vous l’aurez deviné, j’ai une tendresse particulière pour ces plantes qui sous des dehors âpres ont tant à nous apprendre et à nous offrir. D’ailleurs elle fait partie de ces végétaux qui ont de tout temps accompagné les humains dans leur vie, comme comestible, comme médicinale, comme matière première : vannerie, haie vivante pour garder les troupeaux, protection pour les jeunes arbres dans les vergers, produit phytosanitaire au jardin en décoction ou purin, et dans les contes ! On en retrouve des traces dès la Préhistoire, dans les stations lacustres du néolithique (au côté d’ailleurs de l’aigremoine et de la framboise).

La ronce m’impressionne surtout par sa pugnacité, sa puissance, sa vigueur. Elle pousse partout, se contente de rien, fabrique un sol riche à partir d’un substrat pauvre, elle restructure. Elle n’a ni début ni fin par sa capacité à marcotter toute seule. A défaut de douceur, elle est prolifique, mouvante, nourricière, elle offre un abri aux jeunes pousses et aux petits animaux. Ses fleurs sont très mellifères et ses fruits rafraichissants. Des boutures mises à tremper une nuit dans une macération de pousses de ronce feront rapidement des racines, car celles-ci contiennent des hormones de croissance. Une leçon de vie pour les jours de blues !

Finalement, la ronce me fait penser à certaines personnes de mon entourage qui, sous des dehors quelquefois abrasifs, cachent un vrai cœur d’or 🙂

DSC_3207Dans les utilisations populaires traditionnelles de la ronce on retrouve bien sûr toutes les transformations des fruits : sirop, confiture, coulis, jus, mais aussi le thé de ronce, qui s’obtient par fermentation des feuilles.

Toutes les variétés de ronces ont des propriétés analogues, et toutes les parties de la ronce sont utilisables. Racines, feuilles, jeunes pousses et fleurs sont toutes plus ou moins astringentes, diurétiques et dépuratives. L’infusion va resserrer les tissus, et sera donc utile dans tous les écoulements, accompagnés ou non de sang : diarrhée, leucorrhée, métrorragie, hématurie ; mais aussi dans les inflammations : grippe, toux, maux de gorge (en décoction en gargarisme), amygdalite, stomatite (en bain de bouche), les refroidissements en général, l’enrouement (jeunes pousses). On peut utiliser les feuilles en cataplasmes sur bon nombre d’inflammations de la peau : abcès chauds, furoncles, ulcères. On peut même préparer une décoction de feuilles dans du vin rouge pour plus d’efficacité.

Les mûres sont légèrement astringentes, elles conviennent bien en sirop pour les diarrhées infantiles.DSC_3076

Enfin, on n’en trouve pas à l’achat, mais sachez que les pépins des mûres contiennent une huile grasse (on trouve en revanche de l’huile végétale de pépins de framboisier, cicatrisante et régénératrice).

En gemmothérapie, on retrouve la fonction régénérante de la ronce : de la même façon qu’elle restructure et ravive les terrains abîmés dans la nature, elle va ramener la vie et oxygéner les tissus du corps, avec une affinité particulière pour les poumons, le système ostéo-articulaire, la sphère uro-génitale et le cerveau. De manière générale elle oxygène le sang. Elle agira sur les scléroses et les fibroses, qu’elles soient pulmonaires (insuffisance respiratoire de la personne âgée, emphysème, bronchite chronique obstructive), cérébrales (compréhension de la finalité de la vie, réveil mental), ou rénales et utérines (néphrite, fibrome). On pourra dans chaque cas l’associer à un autre bourgeon plus spécifique du système que l’on souhaite favoriser, comme le noisetier, le ginkgo biloba ou l’airelle. La jeune pousse de ronce sera active dans la protection et la construction des ostéoblastes, on pourra l’utiliser avec profit en cas d’ostéoporose (association avec le pin), de gonarthrose (association avec les jeunes pousses d’églantier) et de coxarthrose.

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J’ai réalisé un macérat glycériné cette année, je peux témoigner du défi que cela représente d’attraper délicatement les jeunes pousses sur une plante souple, enveloppante et accrocheuse !

Si après ça vous considérez toujours la ronce d’un œil réprobateur, il ne reste plus que la confiture de mûres pour vous dérider ! 🙂

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