Cichorium intybus, comme une envie de soleil bleu

Aujourd’hui il pleut, et j’ai un article à écrire. Je voulais vous parler d’un thème de saison, mais mon esprit vagabonde et je rêve de soleil, de chaleur, d’été. Dans mon cœur s’épanouit la chicorée sauvage, abondante floraison bleue sur d’élégantes tiges .

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Cette plante, qui est l’une des plus communes de notre flore, se plait sur les sols argilo-calcaires tassés : fossés, bords de chemins, friches, berges de rivières. Elle se cultive facilement : si vous voulez récolter les racines, choisissez un sol meuble et profond, mais bien drainé, et ne la ressemez pas au même endroit deux années de suite. Vous pouvez aussi laisser faire la nature. C’est une plante bisannuelle, elle va donc faire ses fruits la deuxième année. En fin de saison, vous pouvez la laisser fructifier et se ressemer toute seule, pour un jardin sauvage à la Gilles Clément. Seuls les chercheurs de salades sauvages aguerris la ramassent à l’état de rosette : la grande variabilité de ses feuilles fait douter le débutant, et son amertume peut décourager les palais délicats. Elle est pourtant l’ancêtre de toutes les chicorées cultivées actuellement. Lorsqu’elle monte pour faire ses fleurs, elle érige des tiges raides et ramifiées, qui lui donnent un aspect très graphique, et qui peuvent faire jusqu’à 1m de haut. Les capitules de fleurs ligulées, bleu vif, sont très nombreuses et se renouvellent en permanence. Comme beaucoup d’astéracées, elles accompagnent le soleil, s’épanouissant et se refermant avec lui.

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On connait surtout la chicorée comme boisson : souvent présentée (et dédaignée) comme succédané du café, suite au blocus continental napoléonien, la racine torréfiée et infusée est en réalité utilisée depuis le XVe siècle. On peut cependant utiliser toute la plante, fraiche ou sèche : capitules, feuilles, akènes, racine.

La plante contient des lactones sesquiterpéniques (ce qu’on appelle aussi principes amers), dans toutes ses parties : l’action la plus connue de ces composés chimiques est une action dépurative par stimulation du métabolisme (enzymes de phase II). Ils favorisent également l’appétit.

Dans la tradition phytothérapeutique, la chicorée est retenue comme plante cholérétique et cholagogue (favorisant la production et l’évacuation de la bile), comme beaucoup d’astéracées (pissenlit, artichaut). Elle va permettre de nettoyer le foie, la vésicule biliaire. Elle aura aussi une action laxative. La détoxination de l’organisme permet de diminuer certaines affections cutanées, notamment l’acné.

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Plus intéressant à mon sens du point de vue d’une utilisation ciblée, Hildegarde von Bingen la préconise comme tonique de l’estomac, pour résoudre les engorgements du système digestif – ce qu’on appellerait l’humidité du système rate-estomac en médecine chinoise. Ce que l’on entend par là est un ensemble de symptômes qui atteignent les système digestif, et qui peuvent déborder sur le système respiratoire : difficulté à digérer, lourdeur, mucosités de l’estomac, boues de la vésicule biliaire, mais aussi mucosités du système respiratoire. Tout ce qui englue et stagne, en quelque sorte. Mais attention, la chicorée est aussi présentée comme rafraichissante : Fournier rappelle que ses graines font partie des quatre semences froides mineures (*). Il vaudrait mieux utiliser une autre plante en cas de frilosité, ou au moins la contrebalancer par des plantes réchauffantes (fenouil, carvi, anis, cardamome…). Elle est d’ailleurs fébrifuge.

La racine fraiche renferme 11 à 15 % d’inuline. A la dessiccation on atteint 50 à 60 %, alors que la torréfaction fait baisser ce taux puisque sous l’effet de la chaleur une partie de l’inuline se transforme en fructose. L’inuline est un polymère du fructose qui n’est pas digéré par l’intestin, mais qui est métabolisé par la flore intestinale : elle fait office de substrat de culture pour les bactéries qui la composent, agissant pratiquement comme un probiotique en favorisant leur développement. Son autre effet est d’accompagner le diabète de type II, puisque sa dégradation ne fait pas appel à l’insuline. La contre-partie de ces effets est que sa dégradation s’accompagne de production de gaz : on recommande donc de l’accompagner de plantes carminatives (encore une fois fenouil, carvi, cardamome, basilic).

DSC_5562On peut utiliser la chicorée sous plusieurs formes : tisane des capitules et des feuilles, décoction de la racine sèche ou fraîche, alcoolature, et vin ou sirop. Elle fait partie des 38 élixirs floraux du Dr Bach, aidant les personnes qui agissent par intérêt personnel à aimer avec abnégation, sans attendre de retour pour leurs actions (Chicory).

La journée s’achève, et le ciel semble vouloir s’éclaircir pour demain.

(*) Semences froides mineures : laitue, endive, chicorée, pourpier.

Sources :

Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, Paul-Victor Fournier, Omnibus, 1947. 2010.

250 remèdes naturels à faire soi-même, Claudine Luu, Terre vivante 2016.

Manuel complet des quintescences florales du Dr Edward Bach, Mechthild Scheffer, Le courrier du livre, Die original Bach-Blüten Therapie 1999. 2014.

Encyclopédie des plantes bio-indicatrices, tomes I, II, III, Gérard Ducerf, Promonature, 2010, 2011 et 2013.

http://www.tela-botanica.org/bdtfx-nn-17314-synthese

http://www.wikiphyto.org/wiki/Chicorée_sauvage

http://www.wikiphyto.org/wiki/Lactones_sesquiterpéniques

http://www.wikiphyto.org/wiki/Inuline

http://www.wikiphyto.org/wiki/Enzymes_de_phase_II

https://www.littre.org/definition/semence

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