Pas à pas : Huile de Macération Solarisée de rose

C’est un peu comme au cinéma, vous savez, le moment magique, la lumière parfaite, l’instant où l’on entre dans la féerie. Vous le sentez venir, aujourd’hui, je suis d’humeur rose, très, très rose, vous en jugerez par les photos !

Venez, je vous montre comment faire une préparation simple, et néanmoins luxueuse, pour prendre soin de vous et de ceux que vous aimez. Nul besoin d’attendre que les caprices de la météo ou de la pollution agressent votre épiderme pour le protéger, la cosmétique naturelle peut être un bon prétexte à la relaxation, voire à la méditation. Et cela, dès la cueillette !

Reine entre toutes les fleurs, j’ai bien sûr choisi la rose pour ma démonstration. L’an dernier, une participante à l’une de mes sorties a eu la gentillesse de m’offrir des pieds de rose de Damas, à l’odeur incroyablement suave. Encore un peu chamboulés par le repiquage et la sécheresse de l’été dernier, ils ont fait une floraison timide. Qu’à cela ne tienne, les églantiers sont chargés de roses sauvages, plus simples mais tout aussi délicates : partie pour récolter du sureau, je suis rentrée enivrée de senteurs et de couleurs. Je tenais absolument à partager toute cette beauté avec vous.

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Un aparté sur les rosiers sauvages ou églantiers. La plupart du temps en phytothérapie, tous sont récoltés sous l’appellation Rosa canina, mais il existe en réalité de très nombreuses espèces de rosiers sauvages. J’aurais l’occasion de vous en reparler prochainement 🙂

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Je reviens à mon huile solarisée : c’est une préparation facile à réaliser, et qui peut servir de base pour d’autres formes, comme les baumes et les crèmes.

Tout commence par la récolte : on choisit des fleurs écloses ou sur le point d’éclore, mais on laissera de côté les fleurs fanées ou abimées. Pour un bocal de ¾ de Litre, j’ai cueilli deux roses de Damas, que j’ai effeuillées, et une grosse poignée de roses sauvages, juste épanouies ou en boutons.

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Au passage, vous pouvez constater sur les fleurs sauvages les marqueurs botaniques des rosacées : notamment fleurs àcinq sépales soudés, cinq pétales libres, très nombreuses étamines, et pour le genre Rosa, l’ovaire infère (ce qui donnera le cynorhodon, riche en vitamine C).

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Une fois que l’on est rentré, on effectue un tri de la récolte : cela permet d’éliminer les brins d’herbe, les feuilles mortes, et tout autre élément impropre à la préparation.

Suivant la météo, on peut laisser pré-faner les fleurs à l’ombre, afin qu’elles perdent de leur eau. En effet, eau et huile ne font pas bon ménage, et si les plantes sont gorgées de pluie, cela risque de compromettre une bonne conservation.

Après le préfanage, qui peut durer 4 à 12 heures selon les cas, on dispose les fleurs dans un bocal transparent, avec un couvercle en verre lui aussi si possible, puisque l’on va mettre le tout au soleil.

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On couvre les fleurs d’huile végétale de bonne qualité (bio, pression à froid). J’utilise couramment de l’huile d’olive ou de tournesol pour mes macérations, car se sont les plus faciles à trouver, elles supportent bien le soleil, et elles ne sont pas trop chères.

L’huile d’olive est plus épaisse, plus grasse, et à une odeur plus prononcée. C’est une huile qui correspondra bien pour les préparations où l’on a besoin de soigner la surface de la peau, par exemple pour faire l’huile rouge de millepertuis, dont on se sert pour apaiser les brûlures et les coups de soleil. Elle sera nourrissante, rafraichissante et cicatrisante. L’huile de tournesol est plus fluide, avec une odeur plus douce, elle a un bon rapport qualité / prix. Elle sera adoucissante et assouplissante.

Si on recherche des effets particuliers, on peut combiner plusieurs huiles, et on peut bien sûr en utiliser d’autres, dont les propriétés seront à même de constituer une synergie avec les plantes utilisées.

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La rose est généralement présentée comme une plante anti-rides, tonique des peaux flasques, mais pour moi, son effet ne se résume pas à cela. C’est en effet une tonique de la peau, mais elle est aussi très douce et cicatrisante. On pourra par exemple l’utiliser pour apaiser un eczéma sec, calmer des rougeurs, améliorer un épiderme fragile. L’appliquer est en soi un moment très agréable, car son odeur est vraiment très douce : si on fait de sa toilette un moment de calme, de relaxation et de joie, cela peut participer à notre bien-être psychique et émotionnel. Redonner de la valeur aux petites choses du quotidien, c’est nourrir sa joie de vivre… 🙂

Un peu par hasard, car je n’avais plus assez d’huile de tournesol, j’ai rajouté à ma préparation de l’huile d’avocat et de l’huile de bourrache (elles régénèrent la peau et sont cicatrisantes), de l’huile de cameline (anti-oxydante et protectrice), et de l’huile de chanvre (restructurante). Vous voyez que les propriétés de ces huiles s’harmonisent bien avec celles de la rose. On a des goûts de luxe, on vous dit ! Comme quoi, les fonds de placard ont du bon 😉

Pour la conservation on utilisera quelques gouttes d’huile essentielle de lavande vraie (Lanvandula angustifolia), et pour le plaisir des sens on peut corser le parfum avec des huiles essentielles douces pour la peau (Ylang-ylang ou géranium rosat par exemple, rose de Damas si vous avez les moyens).

On va mettre le bocal au soleil, pendant trois semaines minimum : s’il pleut pendant les trois semaines, il faudra rajouter autant de jours de macération que de jours de pluie. Je vous ai dit que c’était une préparation facile : vous pouvez aussi « oublier » votre préparation (ou du moins oublier le calendrier). En pratique, si vous laissez en macération un ou deux mois, tout se passera bien. Depuis quelques saisons, j’ai pris l’habitude de laisser le bocal entrouvert et de protéger l’huile des bestioles par un morceau de gaze : ainsi, il y a moins de risques de condensation, et donc moins de risques que l’huile ne rancisse.

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Lorsque la macération est finie, il faut filtrer et embouteiller l’huile. Pour filtrer, j’utilise un entonnoir dans lequel je place un filtre à café réutilisable : c’est un bon compromis entre le filtre à café en papier (très étanche, donc filtration très chronophage), et le chinois (mailles larges, filtrage de moins bonne qualité).

À ce propos, il m’est arrivé de pré-filtrer des huiles au chinois et de les oublier, puis de m’apercevoir qu’une sorte de brume d’y développait. Superstitieusement, je craignais déjà l’apparition de moisissures et m’apprêtais à tout jeter, bien que l’odeur soit restée normale. Mais j’ai eu l’occasion d’observer mes échantillons au microscope : il s’agissait en fait de grains de pollen agglomérés. Ouf !

Pour une meilleur utilisation de cette huile de rose, je vous recommande de l’appliquer au sortir de la douche, sur peau encore légèrement humide, car l’eau favorise l’absorption de l’huile par la peau. Ne parle-t-on pas de film hydrolipidique ? Pour le contour des yeux et le cou, où la eau est très fine et fragile, opérez par tapotements doux.

Vos pouvez réaliser de la même manière toutes sortes d’huiles macérées : Calendula (souci), millepertuis, romarin, bardane, mauve, reine des prés, armoise commune, achillée, consoude, verveine officinale, plantain, sarriette, etc.

Bonnes récoltes et bonnes préparations !

Sources :

Flore de la France méditerranéenne continentale, Tison, Jauzein et Michaud, Naturalia Publications, 2014.

Les huiles de fleurs solarisées, Claudine Luu, Dangles, 2013.

Ma bible des huiles essentielles, Danièle Festy, Leduc 2008. 2017.

5 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. olivia gottofrey dit :

    Bonjour,
    Nous savons aujourd’hui que les UVs du soleil détruisent énormément de composants actifs de la plante qui sont très fragiles. De plus, avec le soleil, l’huile du macérat va s’oxyder plus vite. Qu’en pensez-vous?

    Aimé par 1 personne

    1. lo gafaròt dit :

      Bonjour Olivia.
      J’en pense que c’est une bonne question.
      De manière empirique, j’aurais déjà des choses à dire, en tout cas en ce qui concerne la macération huileuse de plantes : pour ma part, les huiles ne se sont jamais oxydées. J’ai certains macérats en test depuis 2013. Ils sont impeccables, 6 ans plus tard.
      Pour ce qui est de la nocivité des UV, je pense qu’il faut préciser le contexte (quantité d’UV, source naturelle ou artificielle, par exemple). Les UV ne sont pas nocifs dans l’absolu. Je prends le temps de faire quelques recherches et je vous fais une réponse plus consistante.

      Aimé par 1 personne

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