Mystérieuse Artémise : une exploration aux cœur des armoises

Au cours des sorties botaniques, on voit souvent plusieurs représentants de la même famille botanique, et aussi du même genre. Pour être claire, je vous donne un exemple : dans notre région, riche en plantes aromatiques, on rencontre de nombreuses plantes de la famille des lamiacées, dont font partie les lavandes et les menthe. Parmi les lavandes, c’est à dire les plantes du genre Lavandula, on peut croiser entre autres l’espèce angustifolia (lavande fine) ou l’espèce latifolia (lavande aspic). Elles se ressemblent beaucoup à première vue, mais des critères botaniques précis les distinguent, ainsi que la composition chimique. Qui dit composition chimique différente dit odeur et propriétés différentes.

Une des occupations du cueilleur consiste donc à observer les plantes afin de les déterminer et de récolter à bon escient.

Je vous parle dans cet article de trois espèces d’armoises, fréquentes dans le piémont cévenol, afin de répondre à une difficulté récurrente du public des sorties botaniques pour les identifier.

DSC_2299
Armoise annuelle, armoise commune et armoise des frères Verlot

 

Les armoises sont des plantes de la famille des astéracées (anciennes composées). Parmi les astéracées on trouve le Calendula, le pissenlit, la pâquerette, la chicorée ou le tournesol. Elles font partie du genre Artemisia. De manière générale, les Artemisia sont très aromatiques, et elles sont nombreuses à être médicinales. Il y a bien sûr l’armoise commune Artemisia vulgaris, l’armoise annuelle Artemisia annua, très utilisée en médecine chinoise, ou l’estragon Artemisia dracunculus, bien connu comme aromate en cuisine et en aromathérapie pour ses vertus antispasmodiques. Sans parler du génépi ou de l’absinthe.

Sur le terrain, on rencontre couramment sur les berges des rivières une armoise considérée comme invasive, l’armoise des frères Verlot, Artemisia verlotiorum. Cette dernière est régulièrement confondue avec l’armoise commune, alors qu’elle est beaucoup plus concentrée en cétones. C’est tout l’objectif de cet article de vous donner des outils afin de ne plus les confondre. Et le meilleur moyen, c’est une comparaison des plantes entre elles, en particulier des feuilles.

Voici la face supérieure et la face inférieure de l’armoise commune. On voit que la face supérieure est vert cendré, mate, tandis que la face inférieure est argentée et veloutée. Le limbe de la feuille est découpé, mais pas très profondément : les échancrures sont assez légères.

DSC_2283
Artemisia vulgaris, armoise commune

 

DSC_2300
feuilles d’armoise commune à différents stades de développement

 

Si on compare avec l’armoise des frères Verlot, cette dernière a des feuilles beaucoup plus découpées. La face supérieure est vert plus sombre, comme vernissée. La face inférieure est argentée aussi, mais moins veloutée. Le limbe s’enroule vers la face inférieure, un peu comme font les feuilles de romarin.

DSC_2286
Artemisia verlotiorum, armoise des frères Verlot

 

Vous avez ici les feuilles côte à côte. Là vous avez les feuilles du bas de la tige, pour Artemisia verlotiorum : la différence est facile à voir. (verlotiorum à gauche, vulgaris à droite)

DSC_2288

DSC_2289

 

Une comparaison de la hampe :

DSC_2292

 

La confusion est surtout possible avec les feuilles du haut de la tige, qui ne sont pas encore complètement développées. Mais en observant attentivement, on fait bien la distinction. La jeune feuille de verlotiorum est plus allongée que la feuille adulte, mais elle est quand même plus découpée que la feuille de vulgaris.

DSC_2290
jeunes feuilles à différents stades et feuille développée d’Artemisia verlotiorum

 

DSC_2291
jeunes feuilles de verlotiorum à gauche, et une feuille d’armoise commune à droite

 

Il faudra que vous en jugiez par vous-mêmes : au froissement, l’odeur est très différente. Artemisia vulgaris est aromatique, mais très douce, alors qu’Artemisia verlotiorum est très fortement aromatique et épicée.

Au niveau du port de chaque plante, elles sont toutes deux dressées et peuvent monter assez haut (80 cm à 120cm), mais Artemisia verlotiorum a des tiges beaucoup plus raides, et rouges. Les feuilles du bas de la tige sont souvent fanées et font une dentelle le long de la tige. Là où elle se plait, elle s’étale en tapis, étouffant les autres plantes. Ses racines sont traçantes, au grand désespoir des agriculteurs qui remettent en culture une friche.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

Artemisia vulgaris a des tiges plus souples. Elles peuvent être légèrement rougeâtres, et les jeunes rameaux sont tomenteux (finement velus). Elle poussera en touffes, et sa floraison est plus précoce.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

J’ai choisi de vous présenter aussi l’armoise annuelle, Artemisia annua, qui est quant à elle souvent confondue avec l’ambroisie (redoutée car allergisante). La voici en images : les feuilles sont très finement découpées, et les tiges fines et souples. Toute la plante est très aromatique, ce qui est, à ma connaissance, un bon critère pour la différencier de l’ambroisie. Elle peut pousser en très grande quantité là où elle se plait, mais elle est facile à arracher et ne pose donc pas de problème particulier.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

Du point de vue de l’utilisation en phytothérapie, l’armoise commune est réputée depuis fort longtemps pour ses vertus antispasmodiques et régulatrices du cycle menstruel. Pour la ressemblance du rythme hormonal de la femme avec celui de la lune, sur 28 jours, on a nommé l’armoise en référence à Artémis, dont le symbole est justement la lune. Elle fait partie des herbes de la Saint Jean (solstice d’été 24 juin). La médecine chinoise considère que l’armoise commune est tonifiante, amère et piquante. Elle va donc permettre de travailler sur les blocages du foie et les stases du sang, ce qui explique comment elle agit sur les règles en favorisant le mouvement des fluides. Comme très souvent les toniques amères, elle va être cholagogue (stimulante de la chasse biliaire), améliorant ainsi le fonctionnement du foie et de la vésicule biliaire, et donc la digestion. C’est à dire aussi la qualité du sang (sa teneur en nutriments propres à alimenter les organes). C’est à partir de cette armoise que l’on fait les bâtons de moxa, qui permettent de chauffer des points précis le long des méridiens. Elle contient des cétones (thuyone), mais en moins grande quantité que l’armoise des frères Verlot : Fournier recommande cependant de ne pas employer plus que 60g par jour… Avant d’arriver à ces doses-là, vous avez de la marge ! On pourra donc la consommer en tisane des feuilles, pour ouvrir l’appétit, mais surtout pour soulager les troubles prémenstruels. On boira alors cette tisane pendant les dix jours précédant la date présumée des règles. Et on ne la prendra que sur de courtes périodes. Fournier mentionne l’usage de la racine d’armoise, pour les mêmes indications.

En revanche, l’armoise des frères Verlot est trop riche en thuyone pour pouvoir raisonnablement être envisagée comme médicinale. On peut la faire sécher et en mettre dans les taies d’oreiller : son parfum favoriserait le sommeil.

Quant à l’armoise annuelle, elle est utilisée traditionnellement en médecine chinoise dans les traitements du paludisme en tant qu’amère piquante froide. Elle va dissiper les pervers (le virus) et faire baisser la fièvre. Elle aussi contient des cétones et doit donc être utilisée avec précaution.

DSC_2294
trois feuilles d’armoise des frères Verlot, une feuille d’armoise commune, une feuille d’armoise annuelle

 

Pour aller plus loin sur les critères de détermination, quelques liens vers Tela Botanica

Artemisia vulgaris

Artemisia verlotiorum

Artemisia annua

Pour aller plus loin sur l’utilisation de l’armoise commune et de l’armoise annuelle

https://www.altheaprovence.com/blog/armoise-commune-artemisia-vulgaris-regles-absentes-difficiles/

https://www.altheaprovence.com/blog/artemisia-annua-armoise-annuelle-anti-malaria-et-anti-cancer/

Sources

Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, Paul-Victor Fournier, Omnibus, 1947. 2010.

La phytothérapie, Jean Valnet, Vigot 2001.

Manuel d’herboristerie et de pharmacopée chinoise, Dr G. Guillaume – Dr Mach-Chieu, Désiris, 2005. 2009.

Encyclopédie des plantes bio-indicatrices, tomes I, II, III, Gérard Ducerf, Promonature, 2010, 2011 et 2013.

9 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Quatremère dit :

    Super merci Florence pile au moment ou j’avais besoin de précisions entre les Fréres Verlots et la Commune ! 😉 Maintenant je suis sûre de ne pas me tromper !

    J'aime

    1. lo gafaròt dit :

      Tant mieux alors, j’avais vraiment envie de proposer quelque chose de pratique 🙂 Bonne cueillette 😉

      J'aime

  2. moens pascal dit :

    Merci à vous, excellente rédaction de ce document. Je suis un adepte des communications de Christophe BERNARD, c’est ainsi que je vous découvre. Je cherchais à différencier les armoises, et je confondais artemis vulgaris avec A Verlotiorum. J’ai toujours douté du système racinaire…
    Gratitude, pascal

    J'aime

    1. lo gafaròt dit :

      Je suis ravie que cet article vous soit utile ! C’était tout l’objectif, de proposer un outil simple, notamment pour les personnes que j’accompagne sur le terrain. Je vous invite à explorer le reste de mon site, et pourquoi pas, à vous abonner à la lettre d’information.
      Bonne continuation.
      Florence

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s