Verbena officinalis, vers l’équilibre

Commençons par lever le doute s’il existe : il ne s’agit pas de la verveine odorante ou citronnée, Lippia citriodora, sa cousine parfumée exotique.

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Voilà une plante discrète que j’ai appris à repérer et qui me plait particulièrement. J’aime découvrir ses tiges graciles et ses fleurs délicates parmi d’autres herbes plus imposantes. J’aime sa générosité et sa vigueur dès qu’on lui laisse de la place. Et son histoire de plante sacrée, complètement oubliée de nos jours, m’intrigue et me touche.

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Et elle a de quoi intriguer en effet. Pour un certain nombre de plantes considérées comme magiques, bonnes à tout, sacrées, herbes de sorciers/sorcières, herbes aux enchantement etc. on a aujourd’hui un problème d’identification : ce sont des noms qui étaient donnés à plusieurs plantes différentes, avec des descriptions botaniques très variées. À notre époque qui repose sur des méthodes d’expérimentations scientifiques, des analyses chimiques et des identifications botaniques strictes, l’histoire des plantes médicinales et de leurs usages offre en retour une vision quelquefois très globale, voire floue et généralisatrice, et qui peut donner le vertige. La verveine officinale semble avoir pu être confondue avec l’aigremoine eupatoire, par exemple, suivant les lieux et les époques. C’est la limite des noms vernaculaires.

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Rien que sur l’étymologie, déjà, les versions diffèrent selon la modernité des auteurs. Les plus anciens, comme l’abbé Fournier, le docteur Valnet, ou l’herboriste Marie-Antoinette Mulot font dériver Verbena du latin, soit de erba Veneris (herbe de Vénus), soit de verbum (parole), soit de verberare (frapper un traité : dans la Rome antique on appliquait certaines herbes considérées comme sacrés sur les traités ; les porteurs de ces herbes étaient appelés les verbenari). D’autres auteurs plus modernes, comme Claudine Luu, mentionnent une origine celte, de ferfaen (herbe aux sorcières). En anglais et en italien elle peut être appelée Holy herb ou Erba sacra, tandis qu’en Allemagne on la nomme Eisenkraut (l’herbe au fer, peut-être parce-que ses tiges font penser à du fil de fer).

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Côté rites et légende, la verveine officinale aurait fait partie de l’eau lustrale avec laquelle les druides lavaient leurs autels, elle aurait ceint le front des victimes de sacrifices. Elle aurait permis de se faire aimer ou de faire revenir l’être aimé en s’en frottant les mains avant de saisir la main de la personne choisie (Nostradamus). Les devins romains en buvaient une infusion avant de prédire l’avenir. Plus près de nous, c’est une des plantes de la Saint Jean, elle faisait l’objet de rites de cueillette importants, dont ce qui ressort le plus est le grand respect voué à cette modeste plante : il fallait s’en approcher à reculons, quelquefois tracer un cercle autour afin de se préserver contre des esprits néfastes, se vêtir de manière particulière et utiliser des outils spécifiques, et surtout lui demander l’autorisation de la cueillir. Au-delà du folklore et du scepticisme propre à notre époque, on mesure ainsi à quel point certains peuples tiennent en estime ce qui pour d’autres n’est qu’une mauvaise herbe. À méditer.

Côté composition chimique, elle contient entre autres des tanins, des mucilages, des saponines, une substance amère, des iridoïdes (verbénaloside), des polyphénols (verbascoside, aucubine), de l’huile essentielle (verbénone).

C’est une grande amère, ce qui l’oriente comme plante du foie. Elle va améliorer la digestion, d’autant plus qu’elle est antispasmodique. Elle agira de préférence sur les personnes sujettes aux vertiges et aux migraines. On l’a beaucoup louée au XIXe siècle comme fébrifuge et rafraichissante. Les sources s’accordent sur les vertus antinévralgiques de la verveine officinale, dues aux propriétés anti-inflammatoires des iridoïdes. La verbénaline a des effets mucolytiques et expectorants. Le verbénaloside et la verbénine ont des effets inhibant pour le système nerveux sympathique, apaisant les insomnies liées à l’excès de soucis. En association avec la mélisse, elle améliore le sommeil et les tensions d’origine nerveuse. En externe elle constitue un bon antalgique pour les coups, bosses, ecchymoses, et pour faciliter la cicatrisation des ulcères.

On pourra utiliser les parties aériennes fleuries récoltées en été en tisane ou en teinture-mère.

Côté émotions, l’élixir floral Vervain s’adresse aux personnes à l’enthousiasme débordant et contre-productif : les militants acharnés, les néophytes qui ne voient plus que par leur nouvelle philosophie et veulent convaincre à tout prix. Nous sommes tous passés par là, un jour ou l’autre 😉

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Pour ce genre de plantes, il est toujours formateur d’aller voir comment elles sont perçues par d’autres médecines. En Médecine Chinoise, on l’appelle Ma Bian Cao. On utilise la plante entière ou la racine séchée au soleil (on peut noter au passage la grande précision avec laquelle sont décrites les préparations et les parties utilisées en Médecine Chinoise par rapport à ce qu’il nous reste de l’Herboristerie en Occident). Elle est considérée comme piquante amère (dispersante) – légèrement froide. Elle agit sur les méridiens du Foie, de la Rate et de la Vessie. Elle élimine la chaleur et les toxiques. On l’emploie en jus frais avec l’armoise annuelle contre le paludisme, et en traitement de la diarrhée et de la dysenterie en climat chaud et humide. Elle favorise la diurèse. C’est une plante qui rafraichit le Foie et fait circuler le QI. Elle active le sang, par exemple en cas d’aménorrhée (absence ou retard de règles) ou de congestion douloureuse du petit bassin (SPM). Dans la tradition occidentale, on retrouve d’ailleurs son rôle comme plante des femmes aux côtés de l’armoise commune (Artemisia vulgaris).

Par conséquent, elle est contre-indiquée en cas de grossesse (elle est utéro-tonique). Elle a d’ailleurs été employée pour favoriser l’accouchement.

Une astuce pour finir : nous ne sommes pas égaux devant la sensibilité à l’amertume. Si vos tisanes vous font faire la grimace, vous pouvez les adoucir avec des plantes aromatiques. En particulier la badiane et la réglisse (sauf hyper-tension artérielle).

Sources

Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, Paul-Victor Fournier, Omnibus, 1947. 2010.

La phytothérapie, Jean Valnet, Vigot 2001.

Secrets d’une herboriste, Marie-Antoinette Mulot, éd. Dauphin, 19e édition 2007.

250 remèdes naturels à faire soi-même, Claudine Luu, Terre vivante 2016.

Les plantes sauvages, Thierry Thévenin, Lucien Souny 2012, 2013.

Manuel d’herboristerie et de pharmacopée chinoise, Dr G. Guillaume – Dr Mach-Chieu, Désiris, 2005. 2009.

Œuvres complètes, Dr Edward Bach, Macro Éditions, Nouvelles Pistes thérapeutiques, 2013.

Manuel complet des quintessences florales du Dr Edward Bach, Mechthild Scheffer, Le courrier du livre, Die original Bach-Blüten Therapie 1999. 2014.

http://www.wikiphyto.org/wiki/Verveine_officinale

https://www.tela-botanica.org/bdtfx-nn-71022-synthese

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