Rosa, rosa, rosam

Certaines plantes s’accrochent à vous, et vous ne pouvez plus vous en défaire ! Plante emblématique de la phytothérapie, très utilisée en cosmétique, elle fascine et invite à de nombreuses interprétations symboliques. Tout au long de l’histoire de l’humanité, elle a symbolisé l’amour, la fragilité de la vie humaine face au temps qui passe, la beauté ou la perfection. Elle est à la fois l’emblème d’Aphrodite/Vénus et de la Vierge Marie. La douceur de ses pétales, la suavité de son odeur et ses épines acérées se prêtent volontiers aux métaphores. Elle est intimement liée à l’Alchimie et à la découverte de la distillation (huile essentielle).

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Dans un épisode précédent, je vous ai déjà parlé de la rose et de l’églantier pour la préparation d’une huile solarisée. Je retourne sur le sujet pour aborder l’utilisation du rosier sauvage en phytothérapie et en gemmothérapie.

Il existe de nombreuses variétés de rosiers cultivés. En général, on le sait, on s’en rend facilement compte rien qu’en visitant une jardinerie. Du blanc au rouge, du jaune au rose pâle ou au rose soutenu, les pétales sont plus ou moins serrés, les parfums rivalisent, les épines sont plus ou moins redoutables, voire quasiment absentes (rosier de Banks).

L’églantier – ou rosier sauvage – est l’ancêtre de tous les rosiers cultivés. Il se caractérise par une corolle simple à cinq pétales. En phytothérapie, vous trouverez le plus souvent la dénomination latine Rosa canina pour les cynorrhodons, et Rosa rubiginosa pour l’huile dite de rose musquée, extraite des akènes par pression à froid.

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Côté botanique, il y a en fait de nombreuses espèces de Rosa, que l’on peut toutes employer en phytothérapie, étant donné qu’elles ont à peu près la même composition. Ici, il est utile de dire que le cueilleur et le botaniste ne sont généralement pas la même personne. Être pragmatique, le cueilleur s’occupe des plantes qui l’entourent, sans forcément se poser la question de l’espèce, en particulier si les différences sont minimes (ou invisibles à l’œil nu). C’est l’usage traditionnel qui va l’emporter. Concrètement, la pharmacopée a beau dire que l’on fait de la tisane avec du Rosa canina, qui s’est jamais donné la peine de vérifier l’espèce des échantillons récoltés ? Entre deux églantiers, entre deux molènes, entre deux violettes, elles peuvent être d’espèces différentes sans que cela ne soit tellement visible. Et ce n’est pas grave ! L’usage traditionnel confirme que l’on peut les utiliser indifféremment.

[Un genévrier commun et un cade se ressemblent de loin, mais ne portent pas les mêmes baies (en fait, des galbules). Un chêne blanc et un chêne vert sont tous deux du genre Quercus, mais se différencient facilement au premier regard. (On pourrait se demander s’ils partagent néanmoins des propriétés, ou au moins une sphère d’action.)]

Le botaniste, de son côté, va essayer de déterminer la plante qu’il a devant lui. En l’occurrence, en ce qui concerne l’églantier, c’est à ses risques et périls ! D’abord, ça pique (et bien plus que la ronce, vous pouvez me croire sur parole), et ensuite les critères de détermination peuvent être difficiles à trouver. Certains nécessitent une observation à la loupe x 30. Difficile à réaliser sur le terrain ! J’ai commencé à rassembler des photos et des éléments de détermination pour vous proposer un article sur le sujet, mais ce sera pour une prochaine fois. Je ne suis pas encore prête 🙂

En phytothérapie, on utilise le faux-fruit de l’églantier – le cynorrhodon – pour sa teneur et en flavonoïdes, en particulier quercétine, anthocyane et caroténoïdes, dont lycopène et bêta-carotène.

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[Je dis faux-fruit : ce qui ressemble à une baie est en fait le réceptacle floral qui s’est épaissi. Les vrais fruits sont les akènes contenus à l’intérieur, et entourés de poils rêches, les fameux « poils à gratter ». Ces akènes ressemblent beaucoup à des graines, d’où la confusion. Ils ne s’ouvrent pas à maturité, dissimulant jusqu’au bout les graines qu’ils contiennent.]

Les flavonoïdes sont une classe importante de constituants chimiques, présents dans la plupart des plantes médicinales. Pour être schématique, ce sont eux qui colorent les plantes. Les caroténoïdes en jaune-orangé, les lycopènes en rouge, les anthocyane en bleu ou violet… Ce sont des anti-oxydants et anti-inflammatoires. Mangez coloré !

Un autre flavonoïde mérite d’être cité, c’est le tiliroside, que l’on retrouvé également chez le tilleul et dans l’hélichryse italienne. Ce composant inhibe entre autres la digestion et l’absorption des hydrates de carbones au niveau de l’intestin, ce qui permet une action régulatrice en cas de diabète. De plus, le tiliroside agit sur les niveaux d’adiponectine, protéine impliquée dans l’obésité (les niveaux d’adiponectine baissent lorsque la quantité de tissu adipeux augmente).

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Traditionnellement, la tisane de cynorrhodons est employée comme tonique pour toute la famille. On peut préparer une macération à 60°C maximum, afin de préserver la vitamine C, à consommer en cure pour prévenir les refroidissements et coups de fatigue par temps froid, humide et maussade. Très astringent on pourra l’utiliser en cas d’angine, d’infection urinaire (avec des feuilles de cassis et de la bruyère par exemple), ou de diarrhée. Les feuilles sont astringentes elles aussi.

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Un aparté pour la confiture de cynorrhodons : cette préparation délicieuse, fruit d’un âpre labeur, est astringente aussi, mais contient beaucoup moins de vitamine C, puisqu’elle a été cuite.

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Quant aux fleurs, elles sont émollientes (adoucissantes) et légèrement laxatives. Le Dr Valnet mentionne que la tisane de fleurs et feuilles est agréable à boire.

En gemmothérapie, on récolte les jeunes pousses d’églantier au printemps. Cette cueillette s’apparente à un moment de méditation intense : pour atteindre les jeunes pousses, il faut peu à peu se laisser avaler par cet arbuste implacable. C’est un véritable cheminement physique mais aussi moral. Le moindre geste trop vif, la moindre respiration maladroite, et les épines s’enfoncent inexorablement dans la peau. Si on peut se dégager assez facilement d’un roncier, au prix de petites égratignures sans conséquences, on se retrouve vite ligoté dans l’églantier sans pouvoir se débattre. Et ça pique. Vraiment. Au bout d’un moment, vous apprenez à respirer avec l’arbuste, au gré du vent qui secoue ses rameaux. L’églantier se cueille lentement. Sans geste brusque, en souplesse, en douceur. Il est indomptable.

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La jeune pousse d’églantier soutient le système respiratoire, notamment des enfants. Selon la belle expression du Dr Ledoux, il est le gardien de la forêt. C’est un stimulant du système immunitaire non spécifique. Il favorise la baisse des alpha-globulines et la hausse des gammaglobulines (3-6 mois de traitement). Il permet de lutter contre les virus et la fatigue. On le retrouve comme anti-inflammatoire des muqueuses intestinales et pulmonaires.

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En association avec d’autres bourgeons, on pourra travailler sur des inflammations de sphères spécifiques comme le poumon (avec le noisetier), les séreuse (frêne), l’arthrose du genou (avec la ronce), la peau (cassis pour l’eczéma) et sur l’ostéoporose (airelle).

Il complémente à merveille l’aulne, le bouleau verruqueux et le cassis.

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Un mot rapide sur l’huile de rose musquée, non pas extraite des akènes de Rosa moschata, mais de ceux de Rosa rubiginosa. Huile précieuse en cosmétique pour ses propriétés émollientes et raffermissantes, on l’utilise aussi comme cicatrisante sur les plaies, les sutures et les eczémas secs.

Sources :

http://www.wikiphyto.org/wiki/%C3%89glantier

http://www.wikiphyto.org/wiki/Rose_musqu%C3%A9e

Flore de la France méditerranéenne continentale, Tison, Jauzein et Michaud, Naturalia Publications, 2014.

Flore forestière française, guide écologique illustré. Tome 3 Région méditerranéenne, J.-C. Rameau, D. Mansion, G. Dumé et C. Gauberville, Institut pour le Développement Forestier, 2008.

Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, Paul-Victor Fournier, Omnibus, 1947. 2010.

La phytothérapie, Jean Valnet, Vigot 2001.

250 remèdes naturels à faire soi-même, Claudine Luu, Terre vivante 2016.

La Phytembryothérapie – l’embryon de la Gemmothérapie, Franck Ledoux, Gérard Guéniot, Amyris, 2014.

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