L’Herboristerie : qu’es aquò ?

Faire émerger des dynamiques locales et y participer est quelque chose de très important pour moi. Internet permet de communiquer avec ceux qui ont les mêmes centres d’intérêt que nous à des kilomètres de distance, et c’est un confort duquel j’aurais du mal à me passer dorénavant ! Pourtant, cela ne peut se faire, à mon sens, que si on se nourrit de partages en direct aussi.

Depuis février 2018, je propose chaque mois un atelier sur la botanique et les plantes médicinales en partenariat avec l’association Bio Ensemble à Laroque (34). Je connaissais bien les productrices de plantes médicinales de mon coin, mais j’étais curieuse de rencontrer des amateurs et amatrices non professionnels, et de voir si on pouvait mettre quelque chose en mouvement autour des plantes sauvages. L’objectif des ateliers est de gagner en autonomie alimentaire et thérapeutique. Ainsi, nous avons abordé les propriétés d’un certain nombre de plantes par sphère d’action (sommeil, défenses immunitaires, protection de la peau…), des formes de préparation (macérations diverses), ou les bases de la détermination d’une espèce à partir de l’observation et des Flores. Nous sommes aussi allés voir les plantes sur le terrain. Le prochain atelier a lieu mardi prochain, et aujourd’hui, je suis en train de le préparer.

Cette fois-ci j’ai choisi de parler de plantes sèches et de tisane, c’est à dire d’Herboristerie. J’espère que vous sentez le frisson de l’interdit ! 😀

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Êtes-vous capables d’identifier la composition du mélange ?

Vous le savez peut-être, le diplôme d’herboriste a disparu en France, supprimé par la loi du 11 septembre 1941, par laquelle Pétain réglemente l’exercice du métier de pharmacien et la production industrielle pharmaceutique. Le diplôme d’herboriste avait été créé en 1778. Quant au métier d’herboriste, il existait depuis 1312 (auparavant on disait herbier). Entre 1778 et 1941, l’herboriste pouvait tenir une officine, conseiller et vendre des plantes, et inscrire une posologie. En 1945 a été crée l’Ordre des Pharmaciens.

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Aujourd’hui il existe des formations non-diplômantes hors École de Pharmacie, et le titre d’herboriste n’est autorisé qu’aux pharmaciens en officine (et même là, l’Ordre des Pharmaciens a institué un grand nombre de contraintes légales qui ne facilitent pas la vie des pharmaciens qui souhaitent proposer des spécialités à base de plantes). Il existe quelques spécialisations en phytothérapie pour les médecins.

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En dehors des pharmacies, on peut tenir un commerce d’herboristerie, mais on est alors un simple commerçant, exactement comme si on était un épicier par exemple. Cela signifie que l’on peut vendre des plantes libérées de la pharmacie (liste de 145 à l’heure actuelle), mais sans parler de leurs propriétés ni de leurs applications. Les producteurs et productrices de Plantes Aromatiques et Médicinales peuvent vendre leur production au détail ou en gros. Eux non plus ne peuvent pas conseiller.

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Actuellement, six écoles d’Herboristerie françaises se sont regroupées en Fédération, et travaillent à la mise en place d’un tronc commun de l’enseignement. Elles se sont regroupées avec l’Association pour le Renouveau de l’Herboristerie pour demander la reconnaissance du métier d’herboriste. À noter que la France est un des rares pays européens où ce métier n’est pas reconnu. Récemment, le sénateur Joël Labbé a présenté une pétition et un travail préparatoire à l’élaboration d’une mission d’information, dont nous espérons qu’elle aboutira à une proposition de loi qui encadrerait la vente de plantes médicinales, c’est à dire le métier de producteur-herboriste et d’herboriste au comptoir. Cela semble vouloir avancer, mais lentement.

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Il manque dans ces réflexions une place pour ceux qui souhaitent faire du conseil en santé par les plantes (en cabinet).

Ceux-ci sont souvent confondus avec les naturopathes, alors que ce sont deux disciplines différentes. Pour rester très schématique, la naturopathie vient de « path of nature », le chemin de la nature, et considère la santé de manière globale, avec une très grande place accordée à l’alimentation et à la diététique. Elle est inspirée par les théories hygienistes, comme celle de Sebastian Kneipp, et repose sur la prophyllaxie.

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L’Herboristerie est également basée sur une vision holistique de la santé, mais elle est spécialisée en plantes médicinales, y compris sur l’aspect botanique. Pour contourner l’impossibilité d’utiliser le terme herboriste, certains praticiens utilisent le mot d’origine anglaise herbaliste (herbalist en anglais, de herbal tea = tisane), souvent accolé à celui de naturopathe. Pour ma part, je préfère l’ancien mot herbier/herbière, qui était en usage avant 1312. On pourrait également imaginer une création en lien avec l’occitan : erbador/erbaïritz (clin d’œil à trobador/trobaïritz).

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À la base, l’Herboristerie est donc une médecine reposant sur l’usage des Herbes, fraiches ou sèches. À l’époque où il n’y avait pas de molécules de synthèse, c’était la seule pharmacopée disponible. Ce qui différencie le médicament de la plante, c’est que la plante est utilisée entière, dans son totum. La plante est considérée comme moins puissante (encore que : cela dépend des plantes) et  surtout plus difficile à utiliser de manière ciblée (composition exacte et dosage). Il n’empêche qu’elle présente souvent moins d’effets secondaires, voire pas du tout (le salycilate de methyle de la reine des prés n’affecte pas la muqueuse gastrique, contrairement à l’acide acétyl-salycilique de l’aspirine) et qu’elle est très efficace quand on sait l’utiliser (cas, terrain, dosage, régularité). Dans une vision écologique, on peut souligner que c’est une ressource locale, peu onéreuse, non polluante. Il suffit de penser au suremballage des médicaments pour s’en convaincre.

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Il s’agit de garder son bon sens : un cas grave que les plantes ne résolvent pas rapidemment doit être confié sans délai à l’attention d’un médecin. En revanche, nombre d’affections aigues ou chroniques peuvent être accompagnées avec les plantes. Grâce à celles-ci, on pourra favoriser la résilience naturelle de l’organisme (car en situation d’équilibre, nous sommes prévus pour guérir, c’est à dire sortir plus forts de la maladie). Et nous pouvons faire un travail de prévention remarquable. Nous pouvons prendre soin de la santé et laisser le traitement des pathologies aux corps médical, dans une perspective intégrative.

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L’Herboristerie et la Phytothérapie peuvent se recouper, suivant les définitions. Cela peut être une histoire de formes galéniques. On pourrait limiter l’Herboristerie aux tisanes et considérer que c’est une partie de la phytothérapie. On pourrait aussi y inclure les cataplasmes, les compresses, diverses macérations, et l’aromathérapie, et considérer que la phytothérapie est l’Herboristerie pratiquée par les médecins. Les préparations galéniques étaient autrefois très nombreuses, il revenait à l’herboriste comme au pharmacien de savoir les préparer. Aujourd’hui, la fabrication est très réglementée, et il est plus facile de faire un dossier comme complément alimentaire que comme préparation à base de plante.

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Pour cette fois, je me cantonne à la tisane : on fait infuser à couvert (hors du feu) dans de l’eau chaude (température à adapter suivant les plantes, par exemple 60°c maximum si elles contiennent de la vitamine C). On peut réaliser une décoction avec les parties ligneuses : on fait infuser sur le feu, dans une eau frémissante, avant de poursuivre l’infusion hors du feu, toujours à couvert. On peut utiliser toutes les plantes fraiches. Le séchage permet de conserver les plantes et de les avoir sous la main au moment voulu. Mais attention : le séchage diminue l’efficacité de certaines plantes. Par exemple celles qui contiennent des hétérosides soufrés. En effet, ces molécules se scindent au séchage, perdant par là leur activité. On les recommande donc fraiches en tisane, et en alcoolature si on a besoin de les conserver. Cela concerne entre autres la bourse à pasteur.

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Suivant chez qui vous achetez vos plantes, elles seront conditionnées différemment. En herboristerie ou en pharmacie, les plantes viennent souvent de grossistes. Elles sont hachées. Cela a deux avantages :

  • cela prend moins de place au stockage, à poids égal
  • lorsqu’il s’agit d’un mélange, il sera plus homogène

Les producteurs et productrices qui vendent au détail proposent en revanche des plantes entières, simplement éfeuillées, parfois mondées. L’avantage de cette présentation est que les plantes sont beaucoup plus belles, et sans doute, qu’elles se conservent mieux (moins d’oxydation au séchage).

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L’important est d’avoir l’identification précise et la date de récolte, et de s’assurer qu’il s’agit de culture ou de cueillette respectueuses de l’environnement. Les plantes sèches se conservent aux alentours de 3 ans. Il s’agit d’une DCR (Date de Consommation Recommandée). C’est à dire que si vous dépassez la date, la qualité aura baissé, mais les plantes ne seront pas devenues nocives. Dans les faits, la durée optimale d’utilisation varie en fonction de la qualité de la récolte, du séchage, du traitement avant ou après récolte (hachage, émondage, éfeuillage manuel), et du lieu de stockage. La puissance des molécules joue également un rôle. Typiquement, les alcaloïdes sont des molécules très stables qui vont rester actives pendant longtemps. Concrètement, tant que la plante est belle (couleur, texture) et qu’elle sent bon, vous pouvez l’utiliser.

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Si vous réalisez vos propres récoltes, vous pouvez (re)lire mon article sur le séchage. Une fois que les plantes sont sèches, vous pouvez les conserver dans des sachets en papier, à l’abri de la lumière, au sec, et dans un lieu frais. Assurez-vous que les plantes n’aient pas noirci : cela indiquerait une oxydation des tissus, et dans le cas des plantes à coumarine par exemple, il y a un risque que les molécules soient devenues toxiques. Il faut alors jeter la récolte. Pour des plantes à feuilles comme la menthe ou la verveine officinale, je récolte les tiges entières et je les coupe aux ciseaux de cuisine une fois sèches. Ainsi, elles sont plus faciles à utiliser (et à conditionner). Pensez à bien noter tout de suite le nom de la plante, la date et le lieu de récolte. Croyez-moi, si on attend, on ne le fait pas du tout, et des doutes affreux en profitent pour nous assaillir en bande !

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Un autre mélange

Les fleurs peuvent être victimes des mites alimentaires. Voici une astuce collectée auprès de Plante Infuse : lorsque les fleurs sont sèches et ensachées, on les place au congélateur pendant 24 heures dans un sachet de congélation bien fermé. Comme il reste très peu d’humidité dans les plantes sèches, la congélation ne leur porte pas préjudice, mais tue en revanche les larves de mites. Lorsqu’on les sort du congélateur, on les laisse encore pendant 24 heures dans les sac de congélation afin d’éviter la condensation. Celle-ci pourrait causer des moisissures.

Avez-vous déjà observé des plantes sèches à la loupe de terrain ou à la loupe binoculaire ? Comme pour les plantes fraiches, l’émerveillement est au rendez-vous. C’est une des choses que nous pratiquons lors des Travaux Pratiques que j’assure à L’Imderplam à Candillargues, l’une des six écoles d’Herboristerie de la FFEH.

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Voilà longtemps que je ne vous avait pas proposé de quiz : je vous invite à deviner quelles sont les plantes en photo dans l’article et à répondre en commentaire. C’est celles que je pense présenter mardi. Non seulement présenter, mais faire observer à la loupe et déguster 😉

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Et si vous avez de l’inspiration pour un nouveau nom de métier, partagez-les sous l’article.

Quelques adresses :

Syndicat des S.I.M.P.L.E.S www.syndicat-simples.org

GIE Plante Infuse à Sainte Croix Vallée Française (48) www.planteinfuse.net

Cevenn’essences à Saint Bresson (30) https://www.cevennessences.fr/

Songes de Sahuc à Sumène (30)  www.songesdesahuc.com

Espelida à Pommiers (30) espelida.fr

La Clef des Champs sur le Larzac (34) http://www.laclefdeschamps-larzac.com/

Melilotus en Corrèze https://www.melilotus.org/

Quelques textes :

La loi de 1941 dans sa version actuelle

Liste des 145 plantes libérées du monopole pharmaceutique

Pharmacopée française

Bonnes Pratiques de Fabrication

Quelques institutions :

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