Pas à pas : la cueillette

La période des récoltes arrive toujours plus vite que ce que l’on croit. C’est le moment de faire le tour du matériel de cueillette et de transformation.

Est-ce que les outils sont propres ? En bon état ? Faut-il aiguiser les lames ? Le séchoir sert-il actuellement de refuge aux araignées ? Où en est-on des consommables pour les transformations de plantes fraiches : huile, alcool, glycérine, vinaigre ? De quoi a-t-on besoin cette année en terme de plantes ?

C’est aussi le moment de se remémorer les règles de cueillette. En particulier si vous avez l’intention de pratiquer la cueillette sauvage. On peut faire un bilan assez méthodique à l’aide de questions simples.

DSC_5732

QUOI ?

Avant de cueillir, il faut identifier avec certitude.

  • Que veut-on cueillir exactement : nom de genre et nom d’espèce.
  • A quoi est-ce que ça ressemble : quels sont les critères qui permettent de reconnaître la plante avec certitude.
  • Est-ce qu’il y a des risques de confusion.

Au risque de me répéter : on ne cueille que ce que l’on a identifié. Il y a relativement peu d’espèces dangereuses chez nous par rapport à d’autres coins du globe, mais certaines erreurs sont fatales. Si vous avez cueilli et que vous vous mettez à douter, procédez à une identification de la plante à l’aide des Flores et / ou de Tela Botanica. Il y a un forum sur lequel vous pouvez poster des photos et poser des questions. Et surtout, ne consommez pas les plantes en attendant la réponse. Mettez-les de côté comme si c’étaient les bonnes afin de ne pas les gâcher, quitte à les jeter si le doute subsiste.

P1040986
Un peigne de récolte : très utile pour ramasser de petites fleurs comme les pâquerettes

QUAND ?

Il existe de nombreux calendriers de cueillettes, plus ou moins généralistes. Vous pouvez vous en inspirer. À terme, il sera intéressant de tenir un journal de cueillette chaque année. Il vous donnera des périodes de cueillette approximatives pour votre environnement.

  • Les années se suivent et ne se ressemblent pas : les dates peuvent changer suivant la précocité de la saison.
  • Le climat et l’altitude peuvent modifier les dates de cueillettes d’un lieu à un autre.
  • Pour ceux qui s’intéressent à la lune, on peut imaginer de cueillir les parties hautes de la plante en lune croissante (entre la nouvelle et la pleine lune) et les parties basses en lune descendante (entre la pleine lune et la nouvelle lune).
  • Pour ceux qui pratiquent la Bio-dynamie, on peut affiner : cueillir les feuilles en jour feuille, les fleurs en jour fleur etc.
  • La saison joue un rôle : on trouvera les feuilles plutôt au printemps et au début de l’été, les fleurs au plein de l’été, les fruits et les graines en fin d’été et début d’automne. Pour les racines, on les ramassera au printemps pour les espèces annuelles : la racine est un organe de réserve, or chez les plantes annuelles il ne sert qu’au printemps et sera épuisé en fin d’été puisqu’il aura alimenté la fructification durant l’été. On ramassera les racines de bisannuelles à l’automne de la première année : la racine sera chargée en nutriments pour préparer la floraison du printemps suivant (les bisannuelles fleurissent généralement la seconde année). Pour les vivaces, on ramasse en général à l’automne les plantes de plusieurs années (autour de 7 ans pour la gentiane par exemple).
  • La météo est le critère le plus important : on récolte par temps sec et calme, et on évite les températures extrêmes.

Il y a un proverbe paysan qui dit que celui qui regarde trop le ciel ne récolte jamais rien : le bon moment pour cueillir est essentiellement celui qui réunit un certain nombre de critères. Mais pas tous. Il y a l’idéal et la réalité. Privilégiez dans l’ordre la météo et votre disponibilité. Et le reste sert à affiner.

DSC_0452

COMBIEN ?

Ça c’est une question qui fait le lien entre vous (ce dont vous avez besoin), et votre environnement (la ressource).

  • Pas la peine de faire des provisions pour plusieurs années. On cueille en fonction des besoins de l’année. Comme on préserve sa ressource, on sait qu’on pourra encore cueillir l’année suivante. Cela vaut mieux que d’avoir ses placards pleins et de devoir jeter du foin au bout de quelques années. Les plantes sèches peuvent se garder entre 1 et 3 ans, suivant comment elles auront été traitées et suivant les années. Les plantes transformées immédiatement, en frais (macérations), se conservent plus longtemps. Au moins 5 ans, voire plus suivant la qualité de votre travail. Il faut vérifier régulièrement l’aspect, la texture et l’odeur des préparations, et même les goûter. Si ça perd son odeur et son goût, ou pire, si ça sent mauvais, on jette.
  • Afin de préserver les ressources naturelles, on cueille au maximum 1/5 à 1/3 de la ressource disponible. Chez les cueilleurs de salade on dit ainsi : « on cueille une salade, on en laisse une pour le prochain qui passe, et on en laisse une pour la graine »

DSC_1088

COMMENT ?

Je reviens aux outils. Il y a plein de choses que l’on peut cueillir à la main, mais si on se sert d’outil, il faut qu’ils soient aiguisés et bien propres. Avec des outils émoussés, on se fatigue et on abime la plante. On nettoie la lame avec de l’alcool, en particulier pour les arbres fruitiers, qui sont fragiles (aubépine). Si on cueille plusieurs plantes différentes le même jour, on prévoit différents récipients, et on se concentre sur une cueillette à la fois, histoire de ne pas se mélanger les pinceaux. Si on travaille en frais, on prépare à l’avance des bocaux avec un peu de solution, et on cueille directement dans le bocal (macérat glycériné). Suivant vos intentions, vous aurez besoin de :

  • Sécateurs
  • Ciseaux
  • Faucilles
  • Gouge
  • Fourche-bêche
  • Paniers
  • Drap
  • Bocaux.

P1040988

OÙ ?

Les endroits qui n’appartiennent à personne sont plus que rares.

  • Vous êtes chez vous : vous pouvez cueillir (sauf plante protégée).
  • Vous êtes chez un particulier ou un agriculteur : il faut demander la permission.
  • Vous êtes dans un Parc Naturel : vous devez vous renseigner sur la réglementation appliquée dans ce Parc. Est-ce que toute cueillette est interdite ? Y a-t-il des plantes autorisées ? En quelle quantité ? Etc.

Il faut également prendre garde aux risques de pollutions.

  • Cueillir loin des routes.
  • Se renseigner sur les pratiques culturales si vous êtes chez un agriculteur.
  • Éviter les sentes des animaux, et donc plutôt cueillir au milieu de la prairie si vous ramassez des rosettes ou des plantes de petite taille.
  • Éviter les prés à vaches et les prés à chevaux (parasites).

DSC_8106

APRÈS LA CUEILLETTE

  • On vérifie et on trie les plantes : bonne espèce, parties abimées, débris d’autres plantes, etc.
  • On étiquette les préparations immédiatement : nom de la plante en latin et en français, partie récoltée, lieu et date au minimum. Rien ne vous empêche d’être inspiré et créatif : vous pouvez ajouter quelques vers d’un poème, ou un dessin 🙂
  • On laisse pré-faner ou ressuyer les plantes destinées à la macération dans de l’huile.
  • On dispose les plantes à sécher en fine couche dans le séchoir.

CONSOMMATION

Entretemps vous avez eu la réponse du Forum de Tela Botanica : ouf, c’est bien la bonne plante ! Vous pouvez donc les consommer.

  • Plantes comestibles et salades sauvages : si vous n’en avez pas l’habitude, commencez par de petites quantités. On ne sait jamais. Vous pourriez être intolérant. Les plantes sauvages sont très concentrées par rapport aux plantes cultivées : les salades notamment peuvent avoir un effet laxatif. Si tout se passe bien vous pouvez en manger un peu à nouveau. Et puis augmenter la quantité petit à petit.
  • Plantes médicinales : il est possible de prendre soin de sa santé en autonomie avec les plantes sauvages. Retenez cependant que l’auto-médication n’est pas toujours suffisante et que l’erreur est humaine, surtout si on manque de recul. Consultez un médecin ou un pharmacien si vous avez des doutes, et surtout si la situation ne s’améliore pas au bout de quelques jours. Il y a des médecins et des pharmaciens qui s’intéressent à la Phytothérapie, à vous de les dénicher.

PLANTES TOXIQUES

La toxicité est chose relative. Toutes les plantes peuvent potentiellement être toxiques, mêmes les plus inoffensives. Cela dépend de la dose. Si vous mangez 5 Kg de carottes par jour, ça ne vous fera pas de bien. En regard, 4 g d’Aconit napel sont mortels.

Cela dit, (heureusement) toxique ne veut pas forcément dire mortel. Mais ça peut être très désagréable quand même.

Si vous avez mis une plante dans votre bouche et qu’elle brûle ou est particulièrement amère, recrachez tout de suite. Si vous avez ingéré une plante que vous soupçonnez d’être toxique, appelez sans tarder (et sans paniquer) un centre anti-poison et éventuellement les Secours. Gardez de toute façon ces numéros de téléphone avec vous, lorsque vous êtes en cueillette, et à la maison. C’est comme le parapluie.

Sachez que le charbon de bois (charbon actif) absorbe les toxiques de l’estomac et permet de les évacuer en partie. Se faire vomir n’est pas nécessairement une bonne idée, suivez les instructions des services de Secours.

Mais pour éviter d’en arriver là, vous savez maintenant que faire : identifier avec certitude la plante que vous ramassez et la consommer à bon escient 😉

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s