Vaccinium myrtillus, pour voir dans la nuit

Un de mes plus beaux souvenirs de forêt, c’est la cueillette de myrtilles sauvages.

Pour mes 8 ans, nous étions justement chez mes grands-parents paternels, dans les Pyrénées. La maison de mes grands parents donnait sur ce qui se voulait un jardin et qui était surtout une prairie, puis il y avait une route étroite qui montait vers une forêt de conifères. Cette forêt était pleine de trésors : cèpes, girolles, fraisiers sauvages, et myrtilles. D’habitude, avec mon frère, nous ne ramenions de nos cueillettes que ce que nos mains d’enfants pouvaient contenir. Mais ce jour-là, nous étions une belle équipe de cueilleurs : grands-parents, parents et oncles en renfort.

L’abondance ! L’abondance, c’est assez de myrtilles pour faire une tarte à la lueur des bougies, car les plombs ont sautés sous l’orage et qu’à 16h il fait nuit.

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À l’époque, je n’avais pas bien observé ces arbustes de la famille des Éricacées (bruyère, arbousier). Ils poussent en tapis dans les bois secs et acides de la montagne. Leurs racines forment des réseaux qui font penser aux capillaires sanguins. Généralement ils ne dépassent pas les 50 à 70 cm de haut. Le bois est vert même en hiver. Les feuilles vertes sont finement dentées et alternes, petites, ovales, assez fines. En séchant elles prennent l’aspect du papier de soie. Les fleurs en clochettes sont assez discrètes et donnent des fruits bleus presque noirs, dont le jus violet a été utilisé comme teinture pour les vins manquant de couleur et les vêtements.

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Les baies contiennent des polyphénols, anti-oxydants (ils agissent sur certaines réactions enzymatiques du corps). Notamment des flavonoïdes (polyphénols souvent très colorés, anti-oxydants et anti-inflammatoires) : des anthocyanes qui donnent la belle couleur bleu-violet, et que l’on retrouve aussi chez le cassis et dans le raisin rouge, et la quercétine, également présente dans les oignons jaunes. Les flavonoïdes en général jouent un rôle important dans la santé des vaisseaux sanguins, et ici les anthocyanes dans la micro-circulation rétinienne, augmentant l’acuité visuelle, en particulier nocturne. Cette action s’étend à la protection du pancréas. La quercétine inhibe quant à elle l’agrégation plaquettaire, autrement dit elle diminue les risques d’accident cardio- et cérébro-vasculaires (en prévention).

Les feuilles – et donc les bourgeons – contiennent de la myrtilline et de la néo-myrtilline, considérées comme de l’insuline végétale. Les médecins du début du XXe siècle ont fait des expériences sur les chiens, démontrant le pouvoir des feuilles de myrtilles en cas d’ablation du pancréas.

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Les feuilles et la baie de myrtille contiennent de l’arbutine, comme la plupart des Éricacées : l’arbutine est un antibiotique naturel, particulièrement actif sur la sphère urinaire et sur l’intestin. On se souvient que les flavonoïdes sont anti-inflammatoires : associés à l’effet antiseptique de l’arbutine, voilà une plante toute indiquée pour les infections urinaires, les diarrhées infectieuses, les hémorroïdes.

Les feuilles et les baies en interne et en externe (cataplasmes, compresses) permettent d’agir sur les affections cutanées et le prurit. C’est la combinaison de l’action micro-circulatoire et de l’action antiseptique. De même, la myrtille va améliorer l’aspect de la peau en agissant sur les varicosités.

Pas mal, pour un petit arbuste de sol acide !

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L’an dernier, j’ai préparé un macérat glycériné de bourgeons de myrtilles. C’est minutieux, comme cueillette 😉 Bon, c’est souvent le cas en gemmothérapie. À ma grande surprise, le macérat est devenu bleu-noir au bout de 24h seulement. Je rappelle qu’en gemmothérapie, on utilise les bourgeons de feuilles. D’après Andrianne, récoltés au stade optimal, les bourgeons de myrtille sont très riches en minéraux (manganèse, bore, sélénium, chrome, fer, germanium etc) et en glutathion, un anti-oxydant majeur. On retrouve pour le bourgeon les indications phytothérapeutiques : comme antiseptique dans les infections urinaires et les diarrhées, comme anti-inflammatoire de la peau (eczéma), et surtout comme accompagnement du diabète, avec le bourgeon de noyer par exemple. On retrouve aussi son action protectrice de la micro-circulation en général et rétinienne en particulier, permettant de prévenir les gangrènes et les rétinopathies qui sont les effets secondaires du diabète.

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Côté gustatif, la tisane de feuilles de myrtille est très douce. On sent l’idée du fruit avec une amertume très ronde. C’est une tisane agréable en bouche, désaltérante, rafraichissante. La couleur est dorée, comme la lumière du soleil sous les arbres dans un bois clair. J’ai testé une liqueur de feuilles, mais je ne l’ai pas encore vraiment goûtée. La couleur est dorée, mais plus rosée que pour la tisane.

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Et puis le macérat glycériné !!! Alors là, on a vraiment le goût (et la couleur) du fruit ! C’est incroyable et totalement délicieux. Une vraie médecine douce 😉

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Sources

Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, Paul-Victor Fournier, Omnibus, 1947. 2010.

La phytothérapie, Jean Valnet, Vigot 2001.

Traité de Phytothérapie Aromathérapie Gemmothérapie, Dr Jean-Michel Morel, Grancher, 2017.

Traité de Gemmothérapie, Philippe Andrianne, Amyris, éd. Augmentée 2011.

La Phytembryothérapie – l’embryon de la Gemmothérapie, Franck Ledoux, Gérard Guéniot, Amyris, 2014.

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