Fumaria, officinalis et les autres

Elle fleurit partout en ce moment, cette drôle de petite plante rigolote, avec ses feuilles glauques (gris-vert) découpées et ses fleurs qui ressemblent à de tous petits museaux violets pourpres. On la trouve facilement dans les vignes ou les jardins, où la terre est retournée régulièrement, comme sa cousine le coquelicot. Elle préfère les sols un peu légers mais assez riches et prolifère dès que l’on laisse un coin à l’abandon.

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La Pharmacopée mentionne la fumeterre officinale, Fumaria officinalis. Dans la pratique, encore une fois, les cueilleurs n’étant pas forcément botanistes, les différentes fumeterres sont employées sans distinction pour les mêmes indications.

C’est ce qu’on appelait autrefois une tonique amère, elle tonifie l’organisme, et va agir sur ce que les anciens médecins et herboristes nommaient la pléthore. Comprenez, sur tous les états d’engorgement des organes digestifs, suite à un mode de vie un peu trop gourmand.

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Elle va avoir une affinité particulière pour le foie et la vésicule biliaire, avec une action régulatrice. Elle peut stimuler la production de bile, ou limiter son évacuation. Par la protopine (alcaloïde), elle a une action spasmolytique du sphincter d’Oddi (ce sphincter permet d’évacuer la bile mais aussi le suc pancréatique dans le duodénum). Lorsque celui-ci dysfonctionne ou est agité de spasmes, il empêche l’écoulement normal de la bile , causant des douleurs aiguës sous-costales à droite. Par conséquent, on pourra l’utiliser en cas de douleurs des voies biliaires (dyskinésie) ou pour évacuer des boues (lithiase), à condition qu’il n’y ait pas de calculs risquant d’obstruer le cholédoque (c’est le canal qui amène la bile de la vésicule biliaire au sphincter d’Oddi).

Son action antispasmodique, associée à un effet anti-histaminique de ses flavonoïdes (acide fumarique) rendent la fumeterre utile en cas d’allergie respiratoire et d’asthme.

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De nombreux auteurs attirent l’attention sur un effet tonique les dix premiers jours, puis nettement hypnotique, favorisant la somnolence. Est-ce du à une accumulation de protopine, qui est un alcaloïde présent également dans l’Eschscholtzia (pavot de Californie) et le pavot somnifère ?

Toujours est-il que la fumeterre améliore la fixation d’un neurotransmetteur, le GABA, sur ses récepteurs. Le GABA favorise la détente, en tant que principal inhibiteur du système nerveux central. Pour vous donner une idée, les benzodiazépines, que l’on retrouve dans des médicaments comme le Lexomil®, mais aussi sous forme de traces dans le tilleul, potentialisent l’effet du GABA.

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Côté cœur, la fumeterre permet de régulariser le rythme cardiaque et améliore la souplesse des vaisseaux sanguins. Une alliée dans l’artériosclérose.

La fumeterre est également antibactérienne. Elle a pu être utilisée en externe sur des dartres, mais l’emploi s’en est perdu. Elle rendrait service en cataplasme dans certains psoriasis.

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Les alcaloïdes sont très bien extraits par l’alcool, une forme galénique très usitée a donc été la teinture-mère ou TM. Hélas, le choix en teintures-mères se raréfie aujourd’hui.

Les formes équivalentes les plus modernes sont les EF (Extraits Fluides) ou les EPS (Extraits fluides glycérinés de Plantes Fraiches, je ne sais pas d’où sort le S). Ces préparations résultent de processus industriels (lixiviation).

À défaut, on peut réaliser à la maison une alcoolature (macération de la plante entière fleurie sans la racine dans de l’alcool, de préférence à 70%, au minimum 45%), ou un vinaigre de fumeterre. On peut associer cette plante à d’autres complémentaires, comme le romarin (feuille), l’artichaut (feuille), le chardon-Marie (akènes)…

Sources :

http://www.wikiphyto.org/wiki/Fumeterre

Traité de Phytothérapie Aromathérapie Gemmothérapie, Dr Jean-Michel Morel, Grancher, 2017.

Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, Paul-Victor Fournier, Omnibus, 1947. 2010.

La phytothérapie, Jean Valnet, Vigot 2001.

Secrets d’une herboriste, Marie-Antoinette Mulot, éd. Dauphin, 19e édition 2007.

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