Après le séchage : conserver les plantes sèches

Dans mon dernier Café aux Herbes, je vous parlais de l’automne chinois, qui a commencé cette année le 8 août, et de son apogée, qui est l’Équinoxe, le moment où partout sur la Terre le jour et la nuit durent à peu près 12h chacun. C’est à dire aujourd’hui. Nous sommes à présent au sommet de ce mouvement du Métal, sur lequel vous trouverez un ancien article ici.

Pour résumer, le mouvement du Métal est un mouvement descendant, rafraichissant, comme l’air dans les Poumons, ou comme celui qui dévale les pentes de la Montagne. Mais c’est aussi un mouvement de concentration et de condensation : les sucres et les minéraux se concentrent dans les fruits lorsqu’ils arrivent à maturité, mais la buée fait aussi son retour sur les fenêtres fermées lorsqu’il pleut, signe que la température est plus froide dehors, et que la chaleur va se concentrer dedans, bientôt autour des premières brasucades et des flambées destinées à chasser l’humidité.

Si on suit cette analogie, c’est un moment où la chaleur humaine se concentre elle aussi, autour d’activités plus intérieures. On s’est aéré pendant l’été, découvrant de nouveaux paysages et faisant de nouvelles rencontres, à présent on se recentre sur sa maison, on commande du bois pour le poêle, on retrouve avec plaisir les amis autour de veillées, et des collègues de travail ou des partenaires professionnels pour de nouveaux projets.

Dans le monde végétal, le pourtour méditerranéen au sens large refleurit depuis les averses, sortant de son sommeil estival, nous offrant un été indien, tandis que partout, les arbres préparent les bourgeons de l’année suivante, véritables marqueurs que nous approchons de l’hiver, en dépit de la douceur du soleil.

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Nous faisons de même – en tout cas je vous le souhaite : nous élaborons à présent en cette ambiance de rentrée des classes, les projets à tisser cet hiver et à éclore l’année prochaine.

Cette année j’ai vécu de plein fouet ce mouvement de concentration et d’intériorisation. J’ai ressenti très fort le besoin d’interroger mes idées, mes projets, ma façon de faire, de me réapproprier mes sensations, mes impulsions, mes mouvements. J’ai beaucoup trié, pensé, remis en circulation. J’ai transformé et rangé mes cueillettes, nettoyé mon séchoir. J’ai voulu vivre cet élan jusqu’au bout ou presque, en tout cas jusqu’à ce que je puisse à nouveau m’assoir et écrire, sans avoir tout de suite la compulsion de me lever et de trier encore.

Ainsi, je vous propose pour cet Équinoxe quelques astuces pour le conditionnement de vos plantes sèches. Cet article fait suite à celui-ci qui parlait du séchage lui-même. Et pour plus d’information sur ce que c’est que l’Herboristerie, c’est par ici.

Conditionner les plantes entières (partie aérienne fleurie ou non)

Monder les plantes avant séchage

De très nombreux producteurs émondent ou hachent leurs plantes avant le séchage. J’en ai même connus qui effeuillent la menthe fraiche, ce qui est un travail long et minutieux, ne gardant que les feuilles, et jetant les tiges, jugées disgracieuses.

Personnellement, ce sont des procédés que je n’aime pas beaucoup. En premier parce-qu’une plante hachée fraiche aura tendance à s’oxyder plus facilement, et ensuite, parce-que la surface de coupe étant plus grande que sur une plante séchée entière, j’ai tendance à penser que les principes chimiques ont plus de chances de disparaître, emportés par le séchage (plus l’eau de la plante s’échappe rapidement, plus elle emporte les molécules).

Quant à ne garder qu’une partie de la plante, sur des plantes cueillies entières, cela me semble dispendieux. On sait que la tige et les feuilles voire les fleurs ne contiennent pas ou pas exactement les mêmes molécules. Il semble donc important de garder toutes les parties afin d’avoir le fameux Totum du végétal. Je ferai éventuellement des exceptions pour les plantes ligneuses, comme la verveine citronnée ou le romarin. Mais en les mondant après séchage !

Monder les plantes sèches

Certes, quelquefois, cela demande de bons outils, et un peu de poigne. Je pense aux tiges raides et dures de la verveine officinale. Mais en général, avec de bons ciseaux de cuisine, voire avec les mains, cela fonctionne plutôt bien.

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En réalité, on pourrait conditionner les plantes sèches telles quelles. Pour l’avoir fait pendant longtemps il y a des avantages : la plante est en très bon état, se conserve très bien, et elle est facile à reconnaître. Mais à l’usage, il y a deux inconvénients majeurs :

  • les plantes sont difficiles à ranger dans les sachets ou les bocaux, et elles sont encore plus difficiles à en sortir
  • on ne peut faire des mélanges de plantes qu’au cas par cas, en mondant les plantes au moment, ce qui peut engendrer des manipulations à la hâte

Pour y pallier, il suffit donc de couper des tronçons de 2-3 cm avec les ciseaux ou un sécateur à rosier dédié (c’est à dire propre niveau alimentaire) pour les plantes les plus robustes. Pour la mélisse ou la menthe, on peut se contenter de casser les tiges avec les mains.

L’effeuillage (des plantes)

On est bien d’accord, je ne parle pas de retirer ses vêtements

Il est beaucoup plus facile d’effeuiller une tige de plante sèche, car on ne risque pas de froisser les feuilles. Il suffit de passer sa main le long de la tige. Si c’est bien sec, les feuilles se détachent facilement. Attention tout de même, les pétioles peuvent être assez durs et causer de petites piqûres sans gravité sur les doigts. La verveine citronnée est une spécialiste.

Certaines plantes peuvent dégager beaucoup de poussière. C’est le cas du romarin par exemple. Attendez-vous à éternuer !

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Broyage des plantes au mixer

Vous trouverez quelquefois des plantes hachées finement, en général en pharmacie. Vous savez déjà ce que je vais vous dire : je ne suis pas favorable à ce genre de traitement qui fragilise la plante et réduit sa durée de conservation.

Cependant il peut y avoir un avantage : lorsque vous faites un mélange et que vous voulez qu’il soit homogène. Dans ce cas, je vous propose de ne réaliser le broyage que petit à petit, avec la quantité de plantes dont vous avez besoin pour la journée, ou au maximum pour la semaine.

Il faut par contre penser que les plantes broyées prennent moins de place à poids égal que les plantes juste émondées. Attention aux dosages (à faire au poids).

Conditionner les racines

Nettoyage et émondage des plantes AVANT séchage

Je vous recommande fortement de nettoyer vos racines à la brosse (au minimum) et surtout de les couper en tranches avant de les mettre à sécher. D’abord le séchage prendra moins de temps. Et ensuite il est très difficile de couper des racines sèches. Et je vous parle en connaissance de cause. J’ai ainsi des morceaux de racine de gentiane et de guimauve durs comme la pierre… donc inutilisables en tisane.

Je pourrai toujours recycler la gentiane en vin ou en liqueur, et la guimauve comme hochet pour les bébés, mais si j’avais fait cette erreur avec de la valériane ou de la chicorée, cela aurait été dommage.

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Conditionner les bourgeons, fleurs, capitules, baies ou cynorrhodons, stigmates de safran

Je rajoute cette partie uniquement par souci de précision : si vous n’avez cueilli que les bourgeon (pin, sapin, peuplier), les fleurs (rose, églantier, tilleul, aubépine), les capitules (camomille, bleuet, calendula), les baies (mûre, physalis, myrtille) ou les cynorrhodons, il n’y a pas d’émondage a effectuer.

Éventuellement, vous pouvez ne garder que les « pétales » du calendula, tel que c’est préconisé par la pharmacopée, mais pour un usage domestique, ce n’est pas une nécessité. Cependant pour les Astéracées, vérifiez tout de même l’absence d’allergie avant de les consommer (en général, on le sait si on est allergique, on ne peut dans ce cas pas manger d’artichaut, topinambour etc).

Si vous êtes méticuleux, vous pouvez ouvrir les cynorrhodons et enlever les akènes et les poils irritants qui sont dedans, pour ne garder que le réceptacle floral.

Mais rien de tout cela n’est nécessaire.

La conservation : sachets en papier ou bocaux en verre ?

Pour la conservation, il y a deux écoles. Ceux qui préconisent les sachets en papier, qui permettent à la plante de respirer. Ceux qui préfèrent les bocaux en verre, pour protéger la plante de l’humidité et par souci esthétique aussi, il faut bien le dire.

Les sachets ont l’avantage d’être hermétiques à la lumière et d’être un peu compressibles, donc plus faciles à ranger. Les bocaux présentent bien, mais laissent passer la lumière, il faudrait donc les stocker dans une armoire fermée. À moins de chiner d’antiques bocaux de pharmacie !

Lumière et humidité

Quelle que soit la solution que vous choisissiez, stockez vos plantes à température ambiante voire fraiche, mais surtout à l’abri de la lumière et de l’humidité.

L’ennemi des plantes sèches : les mites alimentaires

Les mites alimentaires sèment la terreur dans nos placards. Les plantes sèches n’échappent pas à leur voracité, en particulier les fleurs. Vérifiez vos plantes régulièrement et débarrassez-vous tout de suite des échantillons atteints, sous peine de voir les mites proliférer dans toute la cuisine.

Une astuce prophylactique enseignée par le collectif de cueilleuses Plante Infuse : congeler les lots les plus à risque, c’est à dire les fleurs. Mais attention, pas n’importe comment !

Le grand danger de congeler des plantes sèches, c’est la condensation, donc l’humidité, donc la moisissure. Pas la peine de tomber de Charybde en Scylla !

Voilà comment procéder : on met les lots de plantes sèches dans des sachets en papiers, que l’on mettra eux-mêmes dans des sachets de congélation zip-lock HERMÉTIQUEMENT FERMÉS. On congèle 24 à 48h, juste le temps de tuer d’éventuelles larves. Lorsque l’on sort le sachet zip-lock du congélateur, surtout on le laisse bien fermé encore pendant 24h, afin que les plantes dégèlent sans condensation.

Vous pouvez d’ailleurs faire la même chose avec toute l’épicerie sèche : riz, quinoa, farine etc

Et je vous rassure tout de suite si, comme moi, vous répugnez à congeler des aliments, à cause de l’altération des molécules par le fort gel. Il s’agit principalement de l’altération des molécules d’eau. Or nous avons ici des plantes sèches, qui ne contiennent donc pratiquement pas d’eau. Il s’agit de faire la balance bénéfice / risque. Bien sûr que c’est un peu moins bien que si on n’avait pas congelé les plantes du tout. Mais c’est beaucoup mieux que d’ouvrir son bocal pour ne plus y retrouver que des mites et de la poussière. Là aussi, en connaissance de cause !

Cette balance bénéfice / risque est un bon élément de décision pour tout ce qui concerne le monde végétal, jardin, cueillette, et plantes transformées. Tant il est vrai que rien n’est jamais bien ou efficace dans l’absolu, mais toujours dans un contexte, lorsque l’on hésite entre deux préparations.

Bien sûr qu’une alcoolature de plante fraiche est moins puissante que la plante entière fraiche et de saison. Mais elle sera plus intéressante dans certains cas que la plante sèche (bourse à pasteur par exemple), et surtout elle permet d’avoir la plante presque complète et presque inaltérée en toute saison, sous la main. Ce qui peut rendre des services mémorables.

D’où l’intérêt de cueillir et transformer à bon escient. Je ne vous engagerai jamais assez à apprendre sur le terrain, faire des recherches, et vous faire accompagner par des professionnels si vous désirez aller plus loin. La connaissance fine de votre territoire de cueillette et des avantages des différentes préparations est un atout capital pour qui veut préserver son environnement et sa santé.

 

Une de mes missions est de vous accompagner sur ce chemin, afin d’enrichir votre relation aux plantes et votre palette d’action. Je le fais par l’écriture de ces articles, mais aussi par les services que je vous propose, formations et diagnostic de terrain en plantes utiles.

Prenez rendez-vous avec moi afin que nous puissions voir ensemble comment je peux vous aider.

 

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