[Vidéo] Pas à pas : le bouturage

Une méthode de multiplication des végétaux très simple est le bouturage.

Comment fait-on ?

Sur un végétal vivace, on prélève un rameau ou une tige que l’on va mettre dans la terre. C’est la base de ce geste. Ce rameau ou cette tige va produire des racines, et devenir un individu à part entière, sans être passé par le stade pollinisation – fécondation – fructification – graine – semis. Il s’agit donc d’un clone de l’individu « mère ». C’est une méthode qui est très utilisée par les pépiniéristes, car elle permet de multiplier des plantes en gardant les caractéristiques de la plante d’origine, ce qui est bien sûr quelque chose que l’on va rechercher pour sélectionner des variétés fruitières ou florales.

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Boutures de rosier, prêtes à être mises en terre.

L’automne et l’hiver sont de bonnes périodes pour cela, puisque ce sont des saisons où la vie végétale va se concentrer dans la terre.

On peut faire des boutures d’arbres, mais aussi d’arbuste, d’arbrisseau, ou de liane. Et même d’herbacées !

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Bouture de figuier. Cette essence a besoin d’être beaucoup arrosée.

Quelques exemples :

Ligneux : olivier, pommier, poirier, cerisier, figuier, cassis, framboisier, rosiers, romarin, thym, lavande, verveine citronnée, ronce, osier (saule), noisetier, cornouiller sanguin, sorbier, vigne

Herbacées : menthe, mélisse, camomilles

Que se passe-t-il ?

Une des différence majeure entre les plantes et les animaux réside dans les cellules souches. Chez les plantes, ce sont les méristèmes, des cellules souches totipotentes. Cela veut dire que n’importe quelle cellule souche, prélevée à n’importe quel endroit sur la plante, peut se transformer en n’importe quel organe. Les yeux qui sont sur les branches des oliviers, sont en fait de minuscules (et très nombreux) bourgeons. Dès que vous taillez un olivier, tous les yeux qui entourent la plaie vont germer et faire une couronne de rameaux. Mais si vous plantez un rameau en terre, les bourgeons vont donner naissance à des racines. Le méristème a une plasticité nettement supérieure aux cellules souches animales. Chez un animal, les cellules souches ne sont totipotentes que pendant les premiers stades embryonnaires, avant la différenciation des cellules. Ensuite, elles ne sont plus que pluripotentes au mieux, voire unipotentes.

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Il faut que seul le haut de la bouture dépasse de la terre. La plus grande partie doit être enterrée.

Don d’ubiquité et éternité

L’autre différence essentielle entre les végétaux vivaces et les animaux est le rapport à la sénescence et à la mort. Nous pouvons tailler, prélever des rameaux pour faire des boutures ou des greffons sur un arbre, nous pouvons même le rabattre assez sévèrement, il va continuer à vivre. Il va même pouvoir continuer à vivre sur un autre support, dans un autre lieu, simultanément : on peut considérer que le pied « mère » et la bouture (ou la greffe), sont en fait le même individu, constitué par la masse de tous les clones. Impossible de réaliser cela aussi simplement avec un tissu animal : si on vous coupe le doigt et qu’on le plante dans la terre, vous n’aurez pas d’autres doigts qui repousseront, et un nouvel individu ne sortira pas de votre « bouture » 😉

Paradoxe

Francis Hallé considère l’arbre comme un massif de corail, où chaque branche est une colonie dont les bourgeons peuvent connaître des mutations génétiques par rapport au reste de l’arbre.

Vous pouvez en voir un probable exemple ici.

De la taille

Prélever des boutures ou des greffons implique de tailler dans un végétal. Je dis « dans » à dessein. J’entends par là que l’on occasionne une blessure à la plante. Même si la plante est très résiliente de ce côté-là, il reste essentiel de la blesser le moins possible. Les outils doivent être adaptés, propres et bien affûtés. Pas question de s’escrimer pendant une demi-heure avec un sécateur émoussé, et de finir par arracher à demi la branche que l’on veut récolter. Pour être sûr d’endommager le moins possible le pied « mère », Tangi Gourmelon de Paysarbre conseille de toujours mettre la lame du sécateur du côté du vivant (c’est à dire du côté où sont les racines, voir dans la vidéo). Cela implique parfois de tourner le sécateur 😉 C’est aussi une façon de changer de perspective. Le regard est centré sur l’arbre, pas sur l’arboriculteur. On pourrait faire un parallèle avec le mobilier hospitalier, pour la fabrication duquel ce qui a primé est le confort du médecin, et pas celui des patients et des patientes… Raison de plus de changer de perspective

Avantages de la multiplication par boutures

Comme c’est une méthode de reproduction qui n’implique pas la pollinisation, elle sera très utile dans les cas de végétaux obtenus par hybridation et qui sont devenus stériles, comme certaines menthes, et comme la camomille romaine double, dont les capitules en forme de pompons serrés sont incompatibles avec les butineurs.

Les graines des arbres sauvages ont généralement des conditions de levée de dormance assez particulières, liées à la température, à l’humidité, et assez longues. Il faut être patient pour obtenir certaines plantes par semis. Le bouturage représente une bonne alternative.

D’ailleurs, la mise à fruit sera plus rapide que par semis !

Le marcottage

On peut bouturer certaines plantes flexibles en enterrant le rameau, sans l’avoir prélevé auparavant. Cela marche très bien pour les figuiers, les framboisiers, les ronces, les vignes, les menthes.

Ronce et fraisier

Ces deux rosacées sont des championnes de l’auto-marcottage. Toutes deux fabriquent des racines au bout de leur tiges aériennes, qui n’ont plus qu’à se planter dès qu’elles atterrissent.

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Fascinant : une tige feuillée dont les bourgeons sont en train de se métamorphoser en racines.
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Un peu plus tard : les fameuses racines adventives.

Astuce : avant de mettre les boutures dans la terre, on peut les mettre dans un seau d’eau où l’on fait macérer des drageons de ronce pour favoriser la fabrication de racines. Les drageons – les rameaux de la ronce avec les fameuses racines adventives qui vont se marcotter – sont bourrés de méristèmes et d’hormones de croissance. D’une certaine manière, c’est déjà de la phytoembryothérapie (aussi appelée méristémothérapie et gemmothérapie).

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Un bourgeon de feuilles de ronce.

Greffon

A mon sens, la greffe est un type de bouture particulier : au lieu de mettre la base du rameau dans la terre, on la met en contact avec le rameau du porte-greffe. Par contre, on n’utilisera dans ce cas que la pousse de l’année précédente, et pas tout le rameau.

Vidéo explicative sur le bouturage

Le soleil avait décidé de jouer à cache-cache aujourd’hui 😉 Pour regarder la vidéo c’est ici.

Et pour se renseigner ou s’inscrire à la formation en gemmothérapie, c’est par .

Bon jardinage !

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